Je suis là. Silencieuse et pensive. Euphorique, triste, cynique et positive.
Le corps humain est un labyrinthe de sentiments.
Je m'appelle Rose. Telle que la vie l'est, n'est-ce pas ?
Imagine.
Un magnifique jardin, bordé d'arbres et à l'herbe luxurieuse, ses beaux tapis de fleurs, les papillons qui se posent sur toi, les oiseaux qui piaillent si joyeusement que tu as envie de les imiter. Les rayons de soleil qui te lèchent goulument le visage, le ciel bleu comme un rêve. Et surtout lui, couché à côté de toi, il te tient la main. Parfaite idylle.
Ou, ces jours de pluie où tu t'es blottie dans les bras de ton aînée, sous son parapluie de réconfort. Tu sens son délicat parfum et seulement cela te suffit pour être consolée. La pluie coule sur tes cheveux, le long de ta nuque, puis de ton dos. Tu frissonnes de plaisir. Tu seras enrhumée et frisée comme un caniche. Tant pis. Tu sautes dans les flaques d'eau, comme ton petit frère de trois ans l'aurait fait. Puis, tu arrives chez toi, toute honteuse, sous les moqueries de ta s½ur et de ton père, et les disputes de ta mère. Mais tu es heureuse.
Aussi, imagine, une plage. Le sable fin caresse tes pieds nus, le vent fait danser tes cheveux. Tu regardes les vagues t'approcher. Peut-être sont-elles frustrées de ne jamais pouvoir rester sur la plage ? Alors tu vas les rejoindre. Tu joues avec elles, elles jouent avec toi en te chantant une délicieuse mélodie. Magnifique harmonie.
Ou, ces matins quand tu te réveilles et que le soleil partage généreusement ses rayons bienveillant avec toi. Tu ouvres la fenêtre, et le vent frais te salue avec douceur. Tu souris pour leur montrer combien tu les aimes, toi aussi.
Imagine, ta fierté. Ton plus grand rêve aboutit, ton ambition se réalise. Tu partages des gouttes salées avec tes proches. Des gouttes salées pleines de batailles menées, de soulagement, d'amour et de remerciements. Ton c½ur vole et explose comme un feu d'artifice. Bel espoir exaucé.
Ou, ces fois où tu te baladais en forêt, seule. Tu discutais avec la nature, à voix basse, craignant de déranger les arbres. Tu caresses leur écorce humide, comme pour te faire pardonner. Tu te sens sereine.
Imagine, ces larmes de rire que tu as tant de fois versé avec tes amies, tes pierres précieuses. Vous faîtes les folles, vous chantez, dansez, sans même vous soucier des gens à côté. Tant pis s'ils s'effraient ou vous jugent. Ce que compte c'est elles, c'est vous. Ces amies que tu as toujours envie d'enlacer, ces c½urs de diamants qui illuminent tant ton esprit et ta joie. Elles fondent tes rêves avec toi, te soutiennent et te font comprendre que tu ne dois pas mériter la Vie, mais que c'est elle qui te mérite. Elles te respectent, et ne t'ont jamais jugé. Ce sont tes fleurs, à toi. Leurs pétales te protègent de tes peines, leur tige te soutient. Charmant attachement.
Ou, lui, son regard de braise, ses mains douces et rassurantes. Tu aimes sa voix, tu aimes son corps. Tu l'aimes, lui et ses défauts. Tu le trouves parfait, surtout quand tu es dans ses bras. Tous les deux, vous êtes un immense bâtiment de confiance et de bonheur. Un immense bâtiment que tu souhaites ne jamais voir se détruire.
Imagine, tout simplement le bonheur.
Je ne suis que Rose. Rose, comme la barbapapa, Rose, comme des joues heureuses, Rose, comme ses lèvres que j'ai tant embrassées, Rose, comme moi, mon bonheur, mes tristesses, mon passé et mon présent.
Et Rose veut mourir. Je veux mourir.
Car tout est faux. Sauf la rédemption. Mon c½ur est écorché, mon c½ur est sombre. Les vains espoirs ont tué mon âme. Je ne vis que de rêves inaccomplis. Ils me tuent, car je vis en eux. Ils me tuent, car le réel m'enfonce des poignards dans le dos.
Tout est faux, ces sourires, ce bonheur, cet espoir. Ce qui est vrai est que je vais prendre la clé de la liberté, et que ce couteau sur ma peau sera cette clé.
La réalité est que ces mots seront les derniers.
Les derniers.